Ils disent que je suis folle. Ils disent que je suis conne. Ils disent qu'ils pensaient faire une fille comme les autres il y a seize ans, mais qu'ils ne l'ont pas méritée, cette fille là. Non, au lieu d'avoir une gentille fille, qui passerait tous ses exams sans difficultés, ramènerait des médailles en sport comme ses cousines, aurait un boulot pour pas embêter papa maman, ferait ses études dans un lycée sans le moindre bémol et aurait un petit ami qui serait le parfait gendre, ils m'ont eu moi. Moi et ma colonie de problèmes, moi et mes délires psychiques, moi et ma dépression, moi et mes troubles alimentaires, moi et mon sang, moi et mes cicatrices, moi et mes travaux dans la tête, moi, ce pauvre petit mot de trois misérables lettres qui au fond, ne veut plus dire grand-chose.
Alors ils le restent, acerbes, ils crient des méchancetés, et moi je me cogne sur le sol.
Chaque mot se plante dans ma chair, chaque mot me fait un peu plus mal, je pleure.
Ca ne les arrête pas, ils continuent, les insultes pleuvent, et moi je me noie. Je bois la tasse. Pour pleurer rouge, j'ai pris le canif, j'ai gratté mon poignet, maintenant je ne peux plus rien porter, ma main gauche me fait mal, mon poignet saigne, la coupure est profonde, je crie en silence, personne ne m'entend. Ils disent qu'ils vont se renseigner sur les hôpitaux psychiatriques, ils disent qu'ils vont me traîner chez le médecin pour qu'il m'interne.
Chaque jour je crève, je guette le téléphone comme un animal aux aguets, quand est-ce que la clinique appellera, quand est-ce qu'elle me sauvera ?
Je suffoque. Ne bouge plus. J'attendrai, en serrant les dents. Sale épopée. Que ma vie soit courte.
Je n'ai pas choisi. On ne m'a pas apprit à naître...
Je touche le fond. Il est si pur, là, sous ma main écorchée vive. Si imperceptible et las, grand et beau, dur et fier. Presque transparent, calme et sans tempête, sans neige, sans soleil, sans larme, intemporel sur toute sa largeur. Vide...
Oui, je dérape sur le fond, telle une patineuse de l'obscur dans sa robe rougeoyante comme le sang de ses veines. Les guitares grondent au loin, le piano les rattrape, sonne ma décadence. Comment en suis-je arrivé là ? J'ai glissé, là-haut, même si d'ici, on ne distingue plus la lumière. J'ai glissé, je me suis rattrapé aux branches, mais elles ont lâché. J'ai dégringolé, mon sang a giclé, mon âme s'est déchirée, voici comme je suis, à demi morte, aujourd'hui...
By Laet